Macbook Neo, une machine pour photographe ?
Lorsqu'on parle généralement d'ordinateur pour un photographe - professionnel - on imagine un grand écran, beaucoup de mémoire vive, un gros SSD pour le stockage et un processeur rapide et puissant. Cette machine qui est presque à l'opposé de cette idée peut-elle quand même convenir ?
J'ai fait quelques mesures et développé quelques photos avec ce petit Macbook et je vous livre mes conclusions toutes provisoires et personnelles ci-dessous.

Les données du test
Première idée de comparaison, chronométré différents éléments de la routine du photographe :
- copier les fichiers de la carte mémoire vers l'ordinateur
- importer les fichiers dans Lightroom et créer les miniatures
- exporter le tout en fichiers 4K plaisir à regarder sur la plupart des écrans.
Les configurations
- Mac Studio M1 Max, 64 Gb de RAM
- Macbook Pro 14 M4 Pro, 48Gb de RAM
- Macbook Air M4, 13,6 16 Gb de RAM
- Macbook Neo A18 Pro, 8 Gb de RAM
J'ai classé les machines de la plus puissante à la moins puissante sur le papier (et les spécificités n'ont pas toujours raison !).
Les fichiers de test
Pour cet exercice, j'ai utilisé 353 fichiers RAW issus de mon Lumix S1RII, pesant quelques 20 Gb au total.
Pour la petite histoire : on apprend tous les jours...
Les premiers résultats m’ont surpris, surtout pour l’importation et la génération des aperçus standard : plus la machine était « bonne », plus le temps était long :
C’est là que je me suis dit qu’il devait y avoir des tailles « standard » adaptées aux machines. En effet, les tailles définies automatiquement sont liées à la résolution de l’écran. Ce qui peut se comprendre.
En prenant une mesure identique pour toutes les machines, on retrouve un ordre plus logique.
Il faut cependant noter que cette uniformisation n’est pas utilisable en temps réelle. Si la résolution automatique est légèrement supérieure à la résolution réelle de l’écran, elle correspond à la taille d’image à utiliser pour travailler sur la machine. Il faut donc bien un peu plus de 5 minutes pour travailler ses photos sur le super écran 5k2k du Mac Studio.
Les chronos : mesures et le classement

Ce classement interroge encore mais est déjà plus cohérent. Pourquoi le MacBook Air est-il si bon ? J'ai fait deux fois le test, les temps sont rigoureusement identiques. Procédons dans l'ordre...
Transfert
Les temps du transfert des fichiers, de la carte CF express type B à l'ordinateur au moyen d'un lecteur Lexar dédié et d'un câble Thunderbolt 3 est dans l'ordre des choses, bien que l'on puisse s'étonner que le Studio soit si lent... peut-être à cause du setup qui utilise un relais Thunderbolt.
Import et création des aperçus standard


Création des aperçus standard sur le Studio M1 Max et son écran 5K2K : les coeurs sont à fond !
Après la surprise des aperçus standard pas tout à fait standard, les données rentrent dans le rang et sont semblables pour toutes les machines, avec une différence du simple au double entre le Neo et le Studio, ce qui semble raisonnable. Par contre, surprise ici : le Macbook Air est plus rapide que le Pro. Ce n'est pas la dernière fois.
Export standardisé
C'est là ou le bât blesse : petite capacité de calcul, grand temps d'export. Je l'avais lu pour les vidéos, je le vois par la pratique pour les photographies. Cela se comprend aisément puisque le Neo concentre le moins de coeurs CPU (processeur) et GPU (carte graphique).
Ici encore, le Macbook Air crée la surprise en étant le plus rapide, devant le Pro et devant le Studio. Pour ce dernier, est-ce parce qu'il n'a "que" 10 coeurs CPU ? Pourtant, les 40 ceurs GPU devraient faire une différence... en théorie en tout cas.
Première conclusion
Les temps de réalisation sont proches entre toutes les machines sauf pour l'export qui est 4 fois plus long pour le Neo. Rien de surprenant.
La surprise, par contre, vient du Macbook Air qui est plus rapide que le Pro dans deux chronos sur trois, et au coude à coude pour le troisième. Pour une machine trois fois moins chère, ça fait mal.
Les catalogues sont neufs et créés pour l'occasion. On ne peut donc pas trouver de raison de ce côté-là. Les machines sont installées selon les besoins d'utilisation.
Le Studio est le plus ancien et pourrait, malgré tout le soin apporté, avoir des résidus d'installation plus important que les autres. Le Macbook Pro est ma machine de tous les jours, avec nombre d'utilitaires en tout genre et une gestion optimisée et centrée sur la productivité de son utilisateur, pas forcément ses performances.
Mais revenons au but de cet article : le Neo fait tout mais plus lentement !
Il ne plante pas !
Si vous avez travaillé avec des PC sous Windows de moyenne gamme, vous connaissez certainement les écrans bleus de la mort (BSOD en anglais) et les applications qui crashent ou qui gèlent. Ici, rien de tout cela. Le petit Neo fait son travail en prenant son temps mais le fait bien, jusqu'au bout, sans broncher et sans souffler comme un mammouth ! C'est donc une machine tout à fait utilisable dans le sens qu'elle fera le travail jusqu’au bout et que l'on peut compter sur elle.
Quelle expérience utilisateur ?

Importer ses photos, c’est une chose mais ce qui intéresse le photographe, c’est de pouvoir développer ses photos attendre de longues secondes entre chaque déplacement de curseur. Qu’en est-il avec ce mini Macbook ?
Pour l’exercice, j’ai pris un ensemble de photos pas encore développées émanant à la fois de mon petit Sony RX100 avec un capteur de 20 millions de pixels et de mon S1RII sur lequel je teste le 70-300 tout juste reçu. Le capteur est de 40 millions de pixels et les photos font environ 60 Mb. Dans les deux cas, il s’agit de photos brutes (RAW). Soit 14 photos pour 600 Mb.
En commençant l’exercice, je me rappelle de mon petit HP acheté il y a quelques années pour les vacances qui avait dû ingurgiter les derniers clichés de l’année scolaire, soit des RAW de plus de 100 Mb de mon GFX100S. Il avait ramé pendant plusieurs dizaines de minutes pour créer les aperçus et chaque déplacement de curseur me permettait au moins de boire une gorgée de café avant d’avoir le rendu à l’écran. Heureusement que je n’avais que quelques photos à développer parce que mon coeur se serait vite emballé avec autant de caféine !
L’import et la génération d’aperçus, à la taille adaptée soit 3274 pixels en qualité élevée prennent un temps dérisoire… j’ai à peine le temps de l’écrire.
Un des aspects limitant de cette machine, c’est le taille de son écran. S’il n’y a qu’une fraction de pouce de différence avec le Macbook Air 13, et encore une fois autant avec le Macbook Pro 14, cela finit par compter. Je me sens un peu à l’étroit. Question d’habitude peut-être mais les aller-retours entre des grossissements différents rendent le travail moins fluide et font perdre la vue d’ensemble de l’image.
Les réglages fins des curseurs se font dans une fluidité parfaite. Par contre, le fait de survoler différents paramètres prédéfinis font apparaître la roue arc-en-ciel après quelques essais. Si vous ne les utilisez pas, la machine est tout à fait agréable et réagit correctement aux glissements de curseur. Par contre, si vous avez l’habitude d’effectuer plein d’essais entre différents paramètres prédéfinis, la roue arc-en-ciel va vous tenir compagnie assez souvent. Même en ayant fermé la plupart des applications en arrière-plan. Sauf que...
Le Neo n’a pas dit son dernier mot ! Je me rends compte que je suis en mode économie d’énergie, comme depuis que je l’ai allumé pour le première fois. En désactivant ce mode, aucun problème pour survoler des dizaines de préréglages à la suite. Tout est fluide. Même le passage d’un mode à l’autre, qui prenait quelques secondes en mode éco se fait de manière instantanément.
À l’usage, et selon les manipulations effectuées, la roue colorée apparaît encore de temps à autre et les curseurs ne sont pas toujours très réactifs. Des actions coûteuses comme la copie d’un développement d’une photo à une autre prend quelques secondes - de plus que d’habitude - et certains déplacements de curseur prennent quelques secondes à afficher le rendu, en fonction de la complexité de l’image.
Comme on peut s’y attendre, la suppression d’éléments gênants et leur remplacement en utilisant l’intelligence artificielle prend un peu plus de temps que sur des machines mieux pourvues, mais tout se fait correctement quand même. Le masquage d’objet peut parfois prendre quelques secondes à être affiché mais le résultat final est tout à fait convainquant.
L’échantillon de photos utilisé ne m’a pas permis de vérifier le fonctionnement de la fusion HDR ou de la création de panorama mais tout laisse à penser que cela se fera très bien… en prenant le temps nécessaire.
Il faut aussi que l’on parle de l’écran. Aussi bon soit-il, sa couverture de couleurs n’est pas aussi étendue que les modèles Air ou Pro. Tant que l’on reste dans des utilisations générales, cela ne pose pas de problème, mais des usages pour l’imprimerie ou pour des créations précises risquent de faire apparaître cette moins bonne science des couleurs.









Photos développées et exportées avec le Macbook Neo
En conclusion...
La première bonne nouvelle, c’est que tout fonctionne : rien n’est impossible et rien ne prend tellement de temps que l’on perd l’envie de l’utiliser.
Il faut cependant réaliser que tout n’est pas parfait. À commencer par son écran vraiment étroit. Par sa colorimétrie bonne mais inférieure aux modèles plus haut de gamme. Finalement, à différentes petites lenteurs qui peuvent rendre l’expérience bien moins agréable, surtout si on a l’habitude d’utiliser des machines plus performantes et plus onéreuses au quotidien. Et c’est là qu’on en revient aux fondamentaux : c’est possible et le public cible de cette machine qui devrait développer ses photos sous Lightroom s’accommodera très bien de ces inconvénients, cette machine étant la seule qu’il possède !
Il faut aussi noter que le Macbook Neo est optimisé pour des applications Apple. Certainement que Photos ou Photomator Pro proposeront une meilleure expérience utilisateur pour ce type de travail.
Suite au prochain épisode...
